Il y a maintenant quelques mois, je n’étais plus moi-même… ou du moins, pas celle qui écrit en ce moment.
On m’a dit il y a longtemps que j’étais dépressive. À ce moment-là, je n’avais pas mesuré l’impact que ça allait avoir sur ma vie. J’ai pris énormément de temps à comprendre et à accepter ce qui se passait dans ma tête.
Je crois que le mal de vivre est présent en chacun de nous. Seulement, chez certaines personnes, cette petite part d’ombre reste dans un coin et ne prend pas le contrôle. Chez d’autres, elle se place à côté du bonheur, et les deux forment un équilibre, un tout. Et chez moi, comme chez d’autres, cette part d’ombre prend parfois le contrôle sans vraiment avertir… et tu dois composer avec, essayer de la remettre à sa place. C’est une bataille constante. Et quand on sent qu’on est en train de perdre le contrôle, je vous jure que ça fait peur.
J’ai vécu deux périodes dans ma vie où j’ai eu peur de moi-même, peur de ce que je pouvais me faire, que ce soit de la destruction psychologique ou physique. J’ai déjà eu envie de mourir — pas parce que je ne voulais plus vivre, mais parce qu’à ce moment-là, je ne supportais plus l’idée de ne pas connaître le vrai bonheur, le sentiment d’être un minimum accomplie, d’être aimée inconditionnellement, de s’aimer soi-même. J’ai toujours eu envie de vivre. Je l’ai toujours dit : je ne veux pas mourir… mais parfois, je n’arrivais plus à vivre avec les blessures que je porte.
Même si elles semblent petites, même si elles peuvent paraître banales ou faciles à surmonter pour certains… ces blessures-là, elles pourrissent en dedans depuis des années. Et aujourd’hui, elles font encore plus mal qu’avant. J’arrive à 30 ans, et je souffre encore de petites blessures répétitives de mon enfance, des blessures qui auraient peut-être été faciles à réparer si j’avais su les exprimer plus tôt.
Par contre, mettre le doigt, à 29 ans, sur ce qui me fait mal depuis toujours… ça fait du bien. Ça me permet de mettre des mots, des événements, des périodes de vie sur une douleur que je croyais sortir de nulle part, une douleur qui me détruisait à petit feu. Ça me permet aussi de comprendre pourquoi c’est si difficile d’être la personne que j’aimerais être, de voir les obstacles au lieu de seulement les ressentir. J’ai mal, mais au moins maintenant, je comprends pourquoi, et je peux commencer à faire du ménage tranquillement, mettre des pansements sur le cœur de l’enfant que j’ai déjà été, accepter que j’ai eu mal, mais que ça ne veut pas dire que je dois encore avoir mal aujourd’hui.
Ce que je trouve le plus difficile, c’est de mettre des mots sur ce que je ressens. Depuis toujours, je garde énormément de choses en dedans. J’ai peur de déranger, je cherche à être aimée à tout prix, à plaire aux autres. Alors je garde les moments blessants pour moi… je n’en parle pas. Quand je parle, quand je dis que je ne vais pas bien dans une situation, c’est que je n’en peux plus. Ce n’est pas juste un inconfort : quand j’en parle, c’est que j’ai atteint ma limite. Et souvent, je suis fâchée. Fâchée d’être rendue à ce point-là, fâchée de devoir me battre pour être respectée, pour être entendue. Parce qu’il y a énormément de gens qui entendent ce que je dis… mais ceux qui écoutent vraiment sont rares. Dans ma famille, dans mes amis, beaucoup entendent, mais je peux compter sur deux personnes qui écoutent réellement. Et ça, ça me fâche. Ça m’épuise de devoir me battre sans arrêt pour être comprise.
Je sors d’une période difficile. Je sais qu’il y en aura d’autres dans ma vie. Mais aujourd’hui, je peux dire que je suis un peu mieux outillée pour faire face à la prochaine. ♡
En attendant, je ramasse les dégâts et j’essaie de me reconstruire tranquillement, une journée à la fois, une blessure à la fois. ♡
Je refait mes reserves ♡

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