Plus d’un mois sans écrire.
Je ne pensais pas laisser ce blogue de côté aussi longtemps, mais parfois, la vie ne nous donne pas ce que l’on veut…
Depuis mon dernier article, il s’est passé énormément de choses. Certaines belles, plusieurs très difficiles. J’ai traversé une période remplie d’angoisse, de stress, de remises en question, mais aussi de petites victoires qui, même si elles semblent banales, m’ont permis d’avancer un pas à la fois.

Lorsque j’ai perdu mon emploi, je croyais retrouver quelque chose assez rapidement. J’ai trouvé une place dans une ferme laitière, je croyais avoir trouvé MA place.
Qu’est-ce que j’aurais pu demander de mieux? Travailler avec les animaux, dans un milieu familial et en extérieur. Après quelques semaines, je sentais que je ne faisais pas l’affaire, que mes boss n’étaient pas du tout satisfaits de mon travail. En trois jours consécutifs, je n’ai pas eu droit à autre chose que des remarques sur ma façon de travailler. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ma façon de travailler, qui semblait avoir été approuvée durant ma semaine de formation, n’était maintenant, tout à coup, plus adéquate… Aussitôt que quelqu’un venait me parler, c’était pour critiquer ce que je faisais…
En plus du fait que je me sentais comme une nul à chier, mes heures de travail étaient de plus en plus réduites. Pourtant, le temps des foins approchait et j’étais supposé mettre des heures en banque pour l’hiver, quand j’aurais moins de travail à effectuer à la ferme.
Ce n’est pas la première ferme où je travaille et il y a toujours quelque chose qui fait que je quitte, que ce soit parce que je suis malade et qu’on me donne un ultimatum : venir travailler maintenant ou perdre mon emploi (durant une gastro qui a duré au total deux semaines et m’a valu trois visites aux urgences).
La deuxième fois, c’était pour des questions de sens moral. Une ferme n’est pas comme une fermette… Moi, je vais tout faire pour sauver un animal, tandis qu’une ferme laitière va penser au profit et se demander ce qui est le plus profitable pour l’entreprise : investir et sauver l’animal ou ne rien faire. Sauver ou laisser partir, je peux comprendre quand il est question d’argent… Par contre, ne pas laisser agoniser un animal et abréger ses souffrances ne devrait pas être trop coûteux pour une entreprise ayant à sa charge des êtres vivants.
Bref, je me suis bien rendu compte que les fermes, même si les animaux font partie de qui je suis, ne sont pas faites pour moi. J’ai donc repris ma recherche d’emploi et ça a été beaucoup plus difficile que je ne l’aurais imaginé.
J’ai envoyé vraiment plusieurs candidatures, passé quelques entrevues, mais sans rien de concluant. Je me suis mise à douter de moi-même. J’ai révisé mon CV et je me suis beaucoup remise en question. J’ai essayé de trouver, dans mes emplois passés, ce qui faisait que j’avais envie de me lever et d’aller travailler le matin, et j’ai décidé de postuler dans d’autres domaines.
Pendant cette période, l’angoisse a pris beaucoup de place. Dormir devenait plus difficile, les journées semblaient interminables et j’avais souvent l’impression de faire du surplace.
Malgré tout, je continuais d’envoyer quelques CV par jour, tout en essayant de continuer les tâches à la maison.
Et là, le 19 juin 2026, une partie de moi est morte…
J’ai perdu Dixie.

Elle a été frappée par une voiture en courant après un chien errant… J’ai vu mon chien quitter l’asphalte et disparaître dans un fossé profond. Le souffle m’a coupé, le temps s’est arrêté… L’homme est sorti de son auto, il se sentait extrêmement mal. Moi, je me dirigeais vers le fossé, mais tout était comme au ralenti. Aucun bruit, rien. Dixie ne pleurait pas et aucun bruit ne provenait du fond du fossé.
Puis je la vois, elle sort du ravin et vient me rejoindre au milieu de la rue… Je remarque que ses hanches ne sont pas très solides et qu’elle est très essoufflée. Personne ne parle, je pleure et je l’accompagne jusque dans la maison. Je n’arrive tout simplement pas à croire qu’elle soit encore là. Je la palpe partout, mais elle ne dit rien, elle va simplement se coucher sur son coussin.
Même si elle ne montre rien, je sais qu’un chien qui se fait frapper à 80 km/h ne peut pas ne rien avoir… Donc, on la monte à Québec pour la faire examiner en urgence… Durant le voyage, je vois la peur dans ses yeux, la détresse dans son souffle… et je pleure… Mais elle ne fait rien pour me consoler. Seulement, à quelques reprises, elle me fixe du regard. Un regard doux, mais terrifié à la fois, un regard qui semble me dire qu’elle essaie de rester, qu’elle essaie de tenir le coup…
Rendus à l’hôpital, les examens, les sous et le fait qu’on n’est pas millionnaires… Mais la vétérinaire a été claire sur ce sujet… Elle avait du liquide dans les poumons et tout autour. Même avec tout l’argent du monde, elle n’avait pratiquement aucune chance de s’en sortir. L’euthanasie était la seule façon de la soulager. Mon cœur m’a lâché quand elle m’a annoncé que je devais la laisser partir.
On n’a donc pas pris beaucoup de temps pour se dire au revoir. Elle souffrait énormément, elle méritait d’être apaisée le plus rapidement possible…
Elle est morte et une partie de moi l’a suivie.
Texte Facebook :

Quand ça arrive, la plupart des personnes rédigent un texte et expriment à quel point ça fait mal et l’immensité du trou que ça laisse en dedans et dans le quotidien. Je ne sais pas comment ça va sortir, je sais seulement que ça fait mal en criss.
La grosse Doune nous a quittés… Ma meilleure amie et celle qui me tient debout depuis 7 ans est décédée… C’est calme dans la maison. Harley a l’air décidé à rester couché dans ma chambre. Pas de chien qui jappe, pas de grognement, pas de nouvelles mottes de poils au sol… Des reniflements, des larmes et une douleur silencieuse en dedans.
Dixie, j’arrive pas à la décrire pour faire comprendre aux autres la place qu’elle avait dans ma vie… La force qu’elle pouvait me donner tous les jours. Elle a été présente pour moi plus que n’importe quel autre être vivant! J’étais heureuse, WOW, elle l’était mille fois plus, elle aussi! J’étais stressée, elle me regardait, analysait le niveau de stress et soit elle me laissait gérer, ou sinon elle devenait ma couverture pesante antistress. J’étais déconnectée, partie dans ma tête, elle me ramenait en pleurant juste assez pour que je revienne. Je pleurais… HO ÇA NON, PAS QUESTION! Doune, c’était une éponge magique, elle prenait pour toi ton stress, ta peine, ton mal-être et elle les faisait disparaître. Et quand la joie arrivait, elle avait la possibilité de la multiplier et d’en faire un moment encore plus magique.
HO que c’était un phénomène! Une chanteuse hors pair, elle était en mesure de faire des vocalises exceptionnelles. Toujours prête à aider et à motiver le tracteur ou le 4 roues à aller plus vite! Un chien de berger dans l’âme, elle rassemblait les poneys, vraiment juste les poneys haha, les chevaux, c’était trop gros! Elle avait aussi en elle un détecteur infaillible de bouette et de trous d’eau! NON NON NON DIXIE NON! C’était à tous les jours, et seigneur qu’elle ressortait de son trou de marde avec fierté!
C’est une partie de moi qui est morte hier.
C’est ma meilleure amie, ma fille, ma thérapeute. J’ai l’impression d’avoir oublié c’était quoi vivre sans elle à côté…
Elle m’a ramassée à la petite cuillère tellement de fois…
***

Ceux qui me connaissent savent à quel point elle était bien plus qu’un chien. Elle était ma présence rassurante, celle qui arrivait toujours à sentir quand ça n’allait pas. Elle était capable de calmer mes crises d’angoisse simplement en venant se coller contre moi. Encore aujourd’hui, son absence se fait sentir chaque jour, dans la maison, dans mon lit et dans mes bras. Le plus difficile, c’est le soir…
J’espère encore l’entendre monter les marches lourdement et venir nous rejoindre dans le lit, Harley et moi… Chaque fois, entendre ses pas dans l’escalier me réchauffait le cœur. Ma fille venait se coller, elle venait me souhaiter bonne nuit et me donner sa dose d’amour. Maintenant, j’attends, sans vraiment m’en rendre compte, qu’elle vienne nous rejoindre et, quand je réalise que j’ai l’oreille attentive à ses bruits de pas, les larmes commencent à couler…
Depuis que la Doune est dans ma vie, c’est elle qui sèche mes larmes, c’est elle qui me console… Maintenant, je dois réapprendre à le faire par moi-même et ça fait mal de se sentir si seule…
Malgré tout ça, j’ai fini par recevoir un appel qui a changé un peu le cours des choses. J’ai finalement trouvé un nouvel emploi chez Canac à Rivière-du-Loup. Je ne vous cacherai pas que la première semaine a demandé beaucoup d’adaptation. Après tout ce qui s’était passé, reprendre une routine n’était pas aussi simple que je l’aurais cru. Mais, tranquillement, je recommence à reprendre confiance.

Il ne faut surtout pas oublier le gros Harley, qui a aussi perdu sa sœur… On le traîne partout dès qu’on en a l’occasion et, bien franchement, j’en viens à me demander si le départ de Dixie le fait souffrir ou si ça le soulage de ne plus l’avoir autour de lui et d’avoir toute notre attention à lui seul.

J’aimerais pouvoir lui demander comment il va… S’il est bien seul ou si un autre chien à ses côtés le rendrait plus heureux… Si ce n’était que de moi, je ne suis pas prête à avoir un autre chien, mais Harley passe ses journées seul à la maison. J’aimerais savoir comment il vit tout ça dans son petit cœur de chien.

À la maison, les projets ne se sont jamais vraiment arrêtés. J’ai décidé de me mettre au pain maison, le levain pousse donc tranquillement sur le comptoir. Les chevaux continuent de m’occuper chaque jour, les animaux me rappellent pourquoi j’aime autant la vie à la campagne et je continue d’imaginer tous les projets que j’aimerais réaliser autour de la fermette.
J’essaie d’apprendre à vivre sans ma Doune…
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